Poésie Mexicaine

Publié le par Coralie Berhault

Voici, pour parfumer l'instant, quelques poèmes extraits de l'anthologie Un siècle de poésie mexicaine dirigée par le poète, critique et traducteur Claude Beausoleil, publiée en 2009. Et voici, en guise d'allèchement, comment la quatrième de couverture de l'anthologie décrit la poésie mexicaine :

"La poésie mexicaine oppose les forces de la nature et de la ville, du présent et du passé. Elle s'écrit dans des chants angoissés, des visions lucides, des rires stridents, des élans d'amour, et se déploie entre réel et fantasmagorie."


Poèmes


*

L'Avant du Commencement


Bruits, clarté confus, clarté incertaine.
Un autre jour commence.
C'est une chambre dans la pénombre
et deux corps étendus.
Dans mon front je me perds
en une plaine désertée.
Maintenant les heures aiguisent leurs couteaux.
Mais à mon côté tu respires ;
très aimée et éloignée
tu coules et ne bouges pas.
Inaccessible si je te pense,
te palpe avec les yeux,
te regarde avec les mains.
Les rêves nous séparent
et le sang nous réunit :
Nous sommes un fleuve de battements.
Sous tes paupières mûrit
la semence du soleil.
le monde
n'est pas toujours réel,
le temps doute :
seule est certaine
la chaleur de ta peau.
Dans ta respiration j'écoute
la marée d'être,
la syllabe oubliée du Commencement.

Octavio Paz
(Traduction de Claude Beausoleil)

*

L'Araignée

En se promenant sur la toile
cette lune lumineuse
garde éveillée l'araignée

Le Paon

Paon, longue lueur,
dans le poulailler démocrate
tu passes comme une procession.

José Juan Tablada
(Traduction de Emile Martel)

*

Fissures de Lave

comme la lave humide le sang brillait

sur les marches

du temple

l'oiseau prédit

aujourd'hui les fissures déchiffrent leurs desseins

dans la vallée seul reste le blanc des saules

les fleurs ont été emportées

la fumée assombrit les volcans et la chaîne de

montagnes

les plumes du quetzal sont arquées derrière la vitrine

d'un musée

maintenant il n'y a ni aigles ni tigres

les greniers d'étoiles sont vides

la lave scintille

et des joues d'un masque de jade

coulent

des gouttes d'obsidienne

Adelaida Villela

(Traduction de Claude Beausoleil)

*

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