Poppy Z. Brite et la Poésie de la Violence

Publié le par Coralie Berhault

Poppy Z. Brite (née Melissa Ann Brite) est un écrivain américain née le 25 mai 1967 à la Nouvelle-Orléans. Elle publie son premier roman Ames Perdues à l'âge de vingt-cinq ans, et elle est aujourd'hui l'auteur de nombreux romans, recueils de nouvelles et autres. Sa prose audacieuse est souvent définit comme une "poésie de la violence". Poppy Z. Brite s'est d'abord distinguée dans les genres de l'horreur et du fantastique puis, au début des années 2000, elle s'est peu à peu éloignée de la fiction d'horreur sans changer toutefois son penchant pour les personnages gays et la Nouvelle-Orléans. Elle est aujourd'hui considérée comme l'un des principaux auteurs de la littérature undergound et gothique...
Poppy Z. Brite est un auteur qui a su me séduire dés les premières pages du premier livre d'elle que j'ai ouvert, car j'y ai reconnu un univers qui m'était cher et familier, une écriture de caractère et aussi parce que j'ai pu me délecter d'une poésie qui ne manquerait pas d'émouvoir le vampire qui sommeille en chacun de nous...^^ 

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Voici un extrait de son premier roman, Ames Perdues :

"Quelque part entre les notes, peut-être au coeur de la nuit glaciale, quelque part entre la lune et la mélodie, les petits spectres solitaires recommencèrent à murmurer à son oreille : Tu dois foutre le camp d'ici. Tu dois retrouver ta place, ta famille, avant de pourrir et de mourir.

"D'accord, dit-il au bout d'un temps. D'accord." Et il sut tout de suite qu'il devait partir. C'était inévitable, et il se demanda pourquoi il n'y avait pas pensé plus tôt. Il partirait vers le sud, en quête de ce qu'il désirait, et il saurait bien reconnaître ce que c'était. peut-être irait-il rejoindre les musiciens de Lost Souls ? Le nom de leur ville était fascinant : il l'imaginait comme un carrefour des mystères du Sud, un hameau où l'ordinaire devenait exotique. Il l'avait localisé sur une carte de la Caroline du Nord, un point minuscule entre les montagnes et la mer, un village aux rues remplies de poussière et d'étrangeté, aux magasins regorgeant de trésors de seconde main; aux cimétières peuplés de spectres, sur lesquels la lune se levait tel un astre de miel derrière l'entrelacs des branches des pins gigantesques.
Il prononça le nom et frissonna : Missing Mile."

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Extrait de son recueil d'essais, Coupable :

"Mais je ne me satisfaisait pas de voir à quoi ressemblaient le sang et les tripes ; je voulais voir au-delà d'eux, découvrir les vérités qu'ils recelaient. Je me sentais poussée à imaginer ce qu'on ressent quand on se fait infliger une blessure, à partir en quête des empreintes visibles de la souffrance et de la mort. Je voulais me libérer de l'emprise de la violence et, grâce à elle, exercer ma propre emprise sur autrui. Je voulais trouver la poésie de la violence.
Cette pulsion n'a rien d'original ni même d'inhabituel. Commentant les sujets sanglants de ses propres oeuvres, Francis Bacon a écrit : "Cela n'a rien à voir avec la mortalité mais tout à voir avec la sublume beauté de la couleur de la viande." Quand un observateur est révulsé par l'oeuvre de Bacon, est-ce le sang qui le répugne ou la joie évidente avec laquelle le dépeint Bacon ?"


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Publié dans Livres

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