"La Ville noire" de George Sand - 1861

Publié le par Coralie Berhault

La Ville noire de George Sand est un beau texte, très intéressant, dont l'intrigue se situe dans la ville de Thiers, aujourd'hui capitale de la coutellerie, et plus précisément dans la vallée des usines, qui porte le nom de Creux de l'Enfer. Ce livre est l'un des premiers récits romanesques à décrire le monde ouvrier, avant même le célèbre Germinal d'Emile Zola, puisque George Sand rédigea La Ville noire en 1860, après y avoir passé deux jours lors d'un voyage. Le monde ouvrier y est décrit avec beaucoup de réalisme mais avec aussi beaucoup de poésie. Le Centre d'Art Contemporain Le Creux de l'Enfer propose depuis le mois de mars 2007 une réédition de ce texte accompagné de photographies de Magali Lefebvre dans la collection Mes pas à faire au Creux de l'enfer...


Extrait :

"Bah ! Notre enfer n'est pas si laid qu'on veut bien le dire ! mes yeux y sont accoutumés, et tous ces toits de bois noircis par la fumée, ces passerelles tremblantes sur les cascades, ce pêle-mêle de hangars qui allongent sur l'eau leurs grands bras chargés de vigne, ces porches voûtés, ces rues souterraines qui portent des étages de maisons disloquées, et où j'entends cliqueter les barres de fer sur les chariots, tous ces bruits qui fendent la tête et qui n'empêchent pas l'artisan de réfléchir et même de rêver ; tous ces enfants barbouillés de suie et de limaille qui redeviennent roses le dimanche et qui voltigent comme des papillons dans les rochers après avoir trotté toute la semaine comme des fourmis autour des machines ; oui, tout cela me danse devant les yeux et me chante dans les oreilles ! J'aime la rude musique du travail, et si par hasard j'ai une idée triste, en frappant mon enclume, je n'ai qu'à sortir un peu, à venir ici, et à regarder rire l'eau et le soleil pour me sentir fier et content ! Oui, fier ! car, au bout du compte, nous vivons là dans un endoirt que le diable n'eût pas choisi pour en faire sa demeure, et nous y avons conquis la nôtre ; nous avons cassé les reins à une montagne, forcé une rivière folle à travailler pour nous mieux que ne le feraient trente mille chevaux, enfin posé nos chambres, nos lits et nos tables sur des précipices que nos enfants regardent et côtoient sans broncher, et sur des chutes d'eau dont le tremblement les berce encore mieux que le chant de leur mère !..."


 

 

Publié dans Livres

Commenter cet article

Enriqueta 01/08/2009 20:00

J'ai un peu travaillé George Sand avec mes élèves de seconde car elle a passé quelques années dans la ville où j'enseigne. On peut encore y voir sa maison. A l'époque c'était encore très rural.

Coralie 02/08/2009 10:43


Ah bon! Dans quelle ville vous enseignez ? Comme elle est passée ausi à Thiers, il y a un groupe scolaire là-bas qui porte son nom, et plusieurs passages de son roman dans la ville. Elle a fait
beaucoup grâce à son art je trouve pour les gens de ces provinces, de ces campagnes, que ce soit Nohant ou Thiers par exemple.